Neuf traces du travail dans l'Ain : du barrage aux doigts de cuivre
12 octobre 2026 · La rédaction de Sortir en Auvergne-Rhône-Alpes · Ain
L’Ain garde les marques de ceux qui y ont transformé le blé, l’eau, le métal ou l’argile. Ces neuf lieux racontent des savoir-faire toujours vivants, parfois cachés derrière une façade de pierre ou un rideau de peupliers. Voici une traversée qui va du plus discret au plus monumental, en passant par des ateliers où l’on entend encore le marteau frapper.
1. Guétali – Meillonnas
À Meillonnas, le Guétali n’est pas un musée, mais une ancienne tuilerie-briqueterie posée au bord d’un étang. Les fours à bois, les moules en plâtre et les piles de briques crues racontent une production qui a cessé dans les années 1980. Aujourd’hui, des artisans d’art y louent des espaces pour travailler la terre, le verre ou le métal, et le lieu reste ouvert aux promeneurs qui veulent voir les traces des doigts dans l’argile encore humide.
2. Atelier d’artiste – Thoissey
À Thoissey, l’atelier n’a pas de nom, parce qu’il change de main et de discipline au fil des années. Sculpture, peinture, gravure : chaque artiste résident y laisse des outils, des ébauches et parfois une odeur de térébenthine. Le bâtiment, une ancienne grange réhabilitée, garde ses poutres apparentes et ses grandes baies vitrées qui donnent sur la Saône. On y vient surtout pendant les portes ouvertes, quand les œuvres en cours sortent de l’ombre.
3. Ferme aux enfants – La Chapelle-du-Châtelard
Ici, le patrimoine industriel se niche dans les gestes : traire les vaches, presser le fromage, réparer un joug. La Ferme aux enfants n’est pas un écomusée, mais une exploitation laitière qui ouvre ses portes pour montrer comment on fabrique le beurre de Bresse ou comment on affine le comté. Les enfants tournent la manivelle de l’écrémeuse, et les adultes reconnaissent des outils qu’ils ont vus chez leurs grands-parents.
4. Cuivrerie de Lavours
Dans le Bugey, la Cuivrerie de Lavours est l’une des dernières à perpétuer le martelage à la main. Le cuivre arrive en plaques, puis les artisans le battent sur des enclumes pour lui donner forme : chaudrons, bassines, alambics. Le son du marteau sur le métal résonne dans l’atelier, et l’odeur de la cire d’abeille utilisée pour polir flotte dans l’air. On peut voir les pièces en cours, certaines encore bosselées, d’autres déjà luisantes.
5. Moulin de Palluat – Servignat
Entre les étangs de la Dombes, le Moulin de Palluat a gardé sa roue à aubes et ses meules en pierre. Il ne produit plus de farine, mais accueille des expositions et des démonstrations de mouture. L’intérieur sent encore le grain, et les engrenages en bois grincent quand on les actionne. Le lieu est surtout connu des pêcheurs, qui viennent y acheter des appâts, mais les visiteurs découvrent aussi les anciens sacs de jute et les tamis accrochés aux murs.
6. Le Moulin de Cézille – Jayat
À Jayat, le Moulin de Cézille a été restauré pour montrer comment l’eau de la Reyssouze faisait tourner les meules. La roue, imposante, est visible depuis la route, et l’intérieur abrite encore les courroies en cuir et les trémies en bois. Le meunier, quand il est là, explique comment on réglait la distance entre les meules pour obtenir une farine plus ou moins fine. Le lieu est modeste, mais c’est l’un des rares moulins de l’Ain où l’on peut encore voir le mécanisme en état de marche.
7. Rue[s] des Arts – Trévoux
À Trévoux, la Rue des Arts n’est pas une rue, mais un ensemble d’ateliers regroupés dans d’anciens bâtiments industriels près du port. Verriers, potiers, ébénistes : chacun y a son espace, et les visiteurs peuvent passer d’un atelier à l’autre pour voir les pièces en cours. L’endroit a gardé ses murs en brique et ses grandes verrières, et l’on entend souvent le bruit des machines ou le souffle du chalumeau. C’est un lieu de passage, où les artisans vendent aussi leurs créations.
8. Moulin Crozet – Montceaux
Le Moulin Crozet, près de Montceaux, est un survivant : il a résisté aux crues de la Saône et aux changements de propriétaires. Aujourd’hui, il abrite un restaurant, mais la roue à aubes et les engrenages sont toujours là, visibles depuis la salle. Les clients mangent sous les poutres apparentes, et le soir, quand la roue tourne, on entend l’eau qui claque contre les pales. Le lieu est surtout fréquenté par les habitués, qui viennent autant pour la cuisine que pour l’histoire.
9. Barrage-centrale de Génissiat – Injoux-Génissiat
Le barrage de Génissiat est un géant de béton posé sur le Rhône. Construit dans les années 1940, il a été l’un des premiers grands chantiers hydroélectriques de France. Aujourd’hui, on peut visiter la centrale, voir les turbines et comprendre comment l’eau est transformée en électricité. Le lieu impressionne par sa taille, mais aussi par son histoire : pendant la guerre, les ouvriers ont continué à travailler sous la menace des bombardements. Les visites guidées racontent ces détails, et la vue depuis le sommet du barrage donne une idée de la puissance du fleuve.